Le prurit cervicofacial idiopathique du chat, aussi appelé dermatite ulcérative idiopathique, est une maladie considérée comme peu fréquente, mais dont l’impact sur la qualité de vie du chat et de son propriétaire peut conduire malheureusement à l’euthanasie. Elle s’exprime cliniquement par un (ou des) ulcère(s) auto-induit(s) en région cervicale latérale, temporale et/ou interscapulaire. Ces zones correspondent aux zones de toilettage normal par grattage chez le chat. Jusqu’à ce jour, la dermatite ulcérative idiopathique était un diagnostic par exclusion des autres causes dermatologiques de prurit cervico-facial.

Dans la mesure où ces lésions purement auto-induites correspondent à une activité au départ considérée normale mais répétitive qui conduit à une auto-mutilation, nous avons émis l’hypothèse que ce comportement de grattage, répétitif, serait une stéréotypie induite par un mal-être lié à une mal-adaptation de l’animal. En effet, chez d’autres espèces ces comportements répétitifs de toilettage sont considérés comme des marqueurs de mal-être.

L’objectif de cette étude était donc de vérifier notre hypothèse : si ce comportement répétitif est lié à un mal-être, une amélioration des conditions de vie des chats doit conduire à leur guérison.

Lésions avant consultation ; score = 15/21 (Crédit photo : Dr Cochet-Faivre)

Treize chats diagnostiqués avec une dermatite ulcérative idiopathique ont été recrutés au ChuvA et référés en médecine du comportement. Un score de « bien-être » spécialement adapté aux chats a été élaboré pour cette étude. Il a été comparé à 35 chats sains recrutés en salle d’attente du CHUVA (thèse vétérinaire de Dorothée Loez)La médiane de score de ces chats était de 7/21 alors que celle des chats malades était de 16/21.

Après des modifications majeures de leur environnement, 12 chats sur 13 ont complètement guéri sans traitement médicamenteux. La médiane de leur score après modifications de leur environnement était de 6. Un seul chat n’a pas guéri, sa propriétaire ne pouvant pas modifier ses conditions de vie (son score est passé de 18 à 16).

Après consultation : absence de lésion ; score = 6/21 (Crédit photo : Propriétaire du chat)

Ces résultats montrent que la dermatite ulcérative dite idiopathique du chat n’est pas idiopathique mais secondaire à un trouble du comportement lié à un mal-être. Nous proposons ainsi de renommer cette affection jusqu’à ce jour dénommée « prurit cervicofacial idiopathique » en « prurit cervicofacial comportemental ». L’utilisation du score de « bien-être » par un clinicien dermatologue permettrait ainsi de conforter l’hypothèse diagnostique, le diagnostic de cette affection restant clinique. Cette affection nécessite donc, après consultation en dermatologie, une vraie prise en charge par un vétérinaire exerçant en médecine du comportement.

Source : E. TITEUX, C. GILBERT, A. BRIAND & N. COCHET-FAIVRE (2018). From Feline Idiopathic Ulcerative Dermatitis to Feline Behavioral Ulcerative Dermatitis: Grooming Repetitive Behaviors Indicators of Poor Welfare in Cats, Frontiers in Veterinary Science