Vous voulez adopter un chiot tout mignon tout gentil mais vous avez peur de vous lancer car vous ne savez pas trop comment vous y prendre une fois qu’il sera là ? Eh bien il fallait venir à la conférence de la SFEV Jr !! Tu l’as loupé ?! Bon aller… on t’en veut pas, et on va te faire un petit résumé rien que pour toi 😉

Ce qu’il faut savoir pour qu’un chiot soit bien dans ses baskets, c’est qu’il est doté de comportements naturels inscrits en lui que vous vous devrez de respecter, comme son comportement alimentaire par exemple, ou encore son budget d’activités (comment il organise ses journées).

Nous allons voir tout d’abord quelles sont les grandes étapes de son développement, puis nous parlerons d’attachement (expression souvent utilisée à tort pour justifier un état d’anxiété chez l’animal), nous nous poserons ensuite la question de savoir si le comportement et le caractère du chiot peut être prédictible, et enfin nous nous attarderons sur quelques notions d’apprentissage !

1) Le développement du chiot

Ce qu’il faut savoir, c’est que le chien est une espèce Nidicole, c’est-à-dire que la mère fait un nid pour mettre bas. Et nous verrons par la suite que cette caractéristique a un gros impact sur le développement et le comportement du chiot…

Pour ce qui est de son développement, des chercheurs (Scott et Fuller) ont pu déterminer que, une fois le chiot né et jusqu’à sa maturité sexuelle, celui-ci pouvait se diviser en 4 étapes :

Néonatale (J0 à J13/14) : durant cette période, les petits sont immatures, ils ont les yeux fermés, ne se déplacent qu’en rampant en étant guidé par les sources de chaleur (à savoir leur mère). Les interactions se font donc essentiellement entre la mère et ses chiots.

Transition (J13/14 à J21/25) : à partir de l’ouverture des yeux au début de la 3ème semaine, 50% des chiots se tiennent déjà debout. On voit apparaître des mordillements, de la mastication, des jeux de bousculade, etc. Durant cette période, les interactions entre chiots sont beaucoup plus importantes.

Socialisation (3 semaines à 3 mois) : les capacités sensorielles du chiot explosent pendant cette période !! On observe beaucoup plus de communication entre chiots, la socialisation se développe, et les capacités d’apprentissage atteignent des sommets ! A partir 5 semaines, la mère intervient de moins en moins auprès des chiots, ils se déplacent en groupe et jouent beaucoup entre eux. S’alternent des périodes d’évitement et d’attraction vers l’homme : entre 6 et 8 semaines, c’est la période favorable pour une familiarisation à l’homme.

Juvénile (3 mois jusqu’à la maturité sexuelle) : durant cette période, on observe une baisse des vocalisations de détresse, c’est-à-dire que le chiot s’habitue mieux à rester seul. Les interactions avec les autres chiens deviennent plus importantes, idéales pour la socialisation de votre animal.

Une chose importante à savoir pour le choix de votre chiot : le chien est préconçu pour vivre auprès des humains, MAIS pour que cela fonctionne il est nécessaire qu’il en voit dans ses premières semaines de vie !!! Si un chiot ne voit aucun humain durant les 8 premières semaines de vie, la confiance envers l’Homme ne s’établira jamais (expérience réelle effectuée en chenil).

Attention donc lorsque vous allez dans un élevage pour adopter un chiot, assurez-vous que les chiots sont bien mis en contact avec l’humain dans ces premières semaines. Privilégiez donc les élevages familiaux aux élevages « intensifs », et surtout : bannissez les animaleries…

 

2) Attachement

En éthologie, l’attachement est la réaction à rester à proximité d’un objet chez un jeune mammifère nidifuge. Un lien indéfectible existe alors entre mère et jeune, pour que le jeune suive sa mère. Quand on les sépare, on observe une réaction très forte de la mère et du petit.

Le chien est une espèce nidicole, donc il ne connaît pas l’attachement, il n’a pas les outils dans son ontogenèse pour cela.

Le problème du chiot qui stress lorsqu’on le laisse seul, et que beaucoup vont appeler « Anxiété de séparation », ce n’est pas dû à un attachement du chiot envers son maître, mais plutôt à la séparation du chiot de son groupe familial et à l’isolement qu’on va lui imposer.

Mais les chiots sont capables de gérer cela assez rapidement, si et seulement si on fait bien les choses : premièrement, on ne laisse pas un chiot tout seul pendant 3h dès la première fois ! Il faut y aller par palier ; on augmente la durée d’absence petit à petit. Ensuite, il faut tout de même limiter cette durée d’isolement au maximum (les animaux de laboratoires n’ont pas le droit de rester seuls plus de 4h, pourquoi nos animaux devraient supporter plus ?). Faîtes en sorte que cette période d’isolement soit la plus enrichissante possible pour lui : proposez lui des jeux, des os à mâcher, des jouets d’intelligence, de la nourriture cachée, (un congénère… ?), etc. Enfin, essayez au maximum de superposer cette période d’isolement avec une période de sommeil : dépensez le bien avant de partir, et vous verrez qu’il sera tout de suite beaucoup plus serein quand vous partirez, puisqu’il n’aura qu’une envie : dormir.

 

3) Le comportement du chiot est-il prédictible ?

Une étude a été menée par Riemer sur 72 border collie suivis pendant 3 ans : il en ressort qu’à 3 semaines, on ne peut en aucun cas prédire le comportement des chiots lorsqu’ils seront adultes ! A 3 mois, on a des indices sur la peur, car celle-ci reste assez stable dans le temps par la suite. Le test à 6 mois est en revanche valable.

Le test de Campbell, utilisé dans le passé pour évaluer le « tempérament futur » du chiot, est à oublier…

Mais la question que tout le monde se pose c’est : à quel âge adopter le chiot ?! Une adoption entre 6 et 8 semaines est souvent facteur d’apparition de troubles du comportement à l’âge adulte, mais aucune étude réelle n’a été faîte là-dessus. En général, on préconise une adoption entre 2 et 3 mois car c’est à cette période que les capacités sensorielles du chiot sont les plus importantes, donc idéal pour habituer le chiot à un nouvel environnement et commencer à lui apprendre les bases de l’éducation !

Attention aux « puppy school » : une école du chiot doit avant tout être un lieu de détente et d’amusement entre chiots afin de les sociabiliser, cela ne doit pas être une « école » à proprement parlé où le chiot passe des heures à devoir se concentrer et obéir à des ordres qu’on lui donne… Ce n’est pas l’âge pour ça, et cela provoque de nombreux troubles du comportement à l’âge adulte !

 

4) L’apprentissage

L’éducation par pointage se pratique très bien à partir de 3 mois. Le conditionnement opérant (renforcement et punition) doit être suivi immédiatement (moins d’une seconde) de la récompense ou punition si on veut que le chiot assimile correctement ce qu’on lui demande ou ce qu’on lui reproche. Les séquences d’éducation ne doivent pas durer plus de 5 min, mais plusieurs fois par jour. De plus, il a été montré qu’un chiot qui jouait après une séance d’éducation apprenait beaucoup plus rapidement que ceux qui dormaient !

Les apprentissages sociaux sont très importants, par exemple pour l’apprentissage de la propreté : si la mère est propre, elle l’apprendra très rapidement à ses chiots.

Il est très important d’enrichir le milieu de vie du chiot : on lui propose une quantité suffisante de jeux. Un chiot doit jouer tous les jours avec d’autres chiots et avec des adultes compétents. On ne doit pas limiter le jeu si le chiot demande à jouer de lui-même !

N’amenez pas votre chiot trop tôt dans les lieux publics fréquentés, cela pourrait le traumatiser pour la suite et lui faire développer des troubles comportementaux…

Pour ce qui est de l’alimentation : ajustez l’alimentation selon leur faim mais ne laissez pas les croquettes en continu sinon vous risquez d’avoir des petits accidents dans votre maison, et là je ne parle pas de destruction… ;). On lui met une gamelle bien remplie, on le laisse manger 15 min puis on lui enlève et on va le balader pour qu’il fasse ses besoins. Il faut qu’il ait au moins 3 repas par jour afin de bien répartir la prise alimentaire dans la journée et de ne pas trop lui remplir l’estomac d’un coup. Faîtes en sorte de lui proposer une alimentation variée afin de l’habituer à plusieurs saveurs et de ne pas se retrouver dans l’embarras plus tard lorsqu’un changement alimentaire s’imposera. Vous pouvez très bien lui proposer une ration ménagère mais ce sera plus contraignant pour vous que l’alimentation industrielle, qui propose tout de même de la très bonne qualité aujourd’hui si on est prêt à mettre quelques euros de plus !

 

Voilà, j’espère que tous ces petits conseils vous auront été utiles ! Si vous avez d’autres questions, que vous avez des problèmes avec l’éducation de votre chien, n’hésitez pas à rendre visite au Dr. Titeux et ses comparses en consultation comportementale au CHUVA, ils se feront un plaisir de vous venir en aide et de répondre à toutes vos interrogations !

Merci à notre Secrétaire Chloé Beheydt pour ses précieuses notes prises pendant la conférence !

Guillaume Flouret, pour la SFEV Jr Alfort.